
Préserver les sols forestiers : une responsabilité qui commence sous les roues
Lors des travaux d’exploitation forestière, le regard du forestier se porte naturellement vers les arbres à abattre, les grumes à débarder ou les billons à évacuer. On appréhende le chantier en termes d’organisation, de flux, de pentes, de places de dépôt, de signalétique et d’accessibilité. Pourtant, le véritable capital de la forêt se trouve sous nos pieds : le sol forestier. Ce dernier est un milieu vivant, complexe et fragile. Sa préservation conditionne la croissance des arbres, la qualité de la régénération, la biodiversité et la capacité de la forêt à résister aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.
Les conducteurs de machines forestières, entrepreneurs de travaux forestiers et exploitants occupent une place essentielle dans cette préservation. Chaque décision prise au volant d’un porteur, d’un tracteur de débardage ou d’une abatteuse peut avoir des conséquences durables sur le fonctionnement du sol. C’est pourquoi les cloisonnements d’exploitation ne sont pas une simple contrainte d’organisation, mais bien l’un des meilleurs moyens de protéger ce patrimoine invisible.
Le sol, un écosystème vivant
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un sol forestier n’est pas une masse de terre inerte. Il abrite une multitude d’organismes – champignons, bactéries, insectes, vers de terre et toute une microfaune – qui participent à la décomposition de la matière organique et au recyclage des éléments nutritifs. Sa structure dépend de la texture¹ et de la proportion d’éléments grossiers dans les différents horizons (couches du sol relativement homogènes, généralement parallèles à la surface) qui le composent. Selon la texture dominante, la porosité du sol varie, et avec elle la capacité de l’eau à s’infiltrer et à s’y stocker, celle de l’air à circuler, et enfin celle des racines à se développer.
Ainsi, les fonctions des sols forestiers ne se limitent pas au simple support de la végétation et à l’apport de nutriments. Ils sont aussi un réservoir de biodiversité, participent à la filtration de l’eau et constituent un puits de carbone.
Certains types de sols forestiers sont toutefois particulièrement vulnérables aux activités humaines, notamment celles liées aux travaux forestiers, qui peuvent provoquer des altérations profondes et durables lorsqu’ils sont réalisés de manière inappropriée.

¹ La texture correspond à un classement selon les proportions des trois fractions principales du sol : les sables (de 50 micromètres à 2 millimètres), les limons (de 2 à 50 micromètres) et les argiles (moins de 2 micromètres). Les différentes proportions permettent de distinguer les sols sableux, argileux ou limoneux. Les éléments grossiers ont, quant à eux, des dimensions supérieures à 2 mm. C’est une caractéristique physique fondamentale du sol, qui ne change pas avec le temps.
Tassement des sols
Le tassement des sols en gestion forestière désigne le compactage de la structure du sol sous l’effet de pressions mécaniques répétées, causées par le passage des engins forestiers (porteurs, débardeurs, tracteurs) lors des opérations d’exploitation. Tous les sols n’y sont toutefois pas sensibles de la même manière.
Sous l’effet de cette pression mécanique, le sol se compacte et sa porosité diminue. L’eau s’infiltre plus difficilement, l’air circule moins bien et les racines explorent moins profondément le terrain. Le tassement entraîne aussi une augmentation du ruissellement, favorisant l’érosion des sols en pente.
Les effets du tassement peuvent persister pendant plusieurs décennies, parfois bien au-delà de la rotation forestière suivante.
A noter que toutes les parcelles ne présentent pas la même sensibilité. Les sols limoneux ou argileux, les terrains hydromorphes et les périodes de fortes précipitations augmentent fortement le risque de tassement.
À ce phénomène de tassement, invisible pour un œil non averti, s’ajoutent d’autres dégradations, celles-ci bien visibles : le scalpage (arrachement de la couche superficielle du sol), l’orniérage (creusement de sillons profonds par les roues) et la liquéfaction (perte de portance du sol, qui devient boueux et instable).
Pour y remédier, une des solutions est la création de cloisonnements.

Le tassement des sols en gestion forestière désigne le compactage de la structure du sol sous l'effet de pressions mécaniques répétées, causées par le passage des engins forestiers (porteurs, débardeurs, tracteurs) lors des opérations d'exploitation.
Les cloisonnements : concentrer l’impact pour préserver l’essentiel
Le principe des cloisonnements est simple : accepter que les passages des machines soient concentrés sur une faible partie de la parcelle afin de préserver la plus grande surface possible.
En limitant les circulations à des couloirs permanents, on évite de disperser les impacts sur toute la forêt. Les zones situées entre les cloisonnements conservent leur structure, leur capacité d’infiltration et leur potentiel biologique. Cette organisation bénéficie autant à la production forestière qu’à la qualité écologique des peuplements.
Les cloisonnements facilitent également l’organisation des chantiers, améliorent la sécurité des déplacements et permettent souvent une meilleure anticipation des opérations d’exploitation.
Encore faut-il que le réseau formé par les cloisonnements, les pistes forestières, les places de dépôt et les routes forestières soit bien conçu.

Adapter sa conduite et ses machines aux conditions du terrain
Planifier et rester sur les cloisonnements
Le conducteur est le dernier maillon avant que les roues ou les chenilles ne touchent le sol. Son expérience, son anticipation et sa qualité de conduite font toute la différence.
Dans ces conditions, plusieurs bonnes pratiques permettent de limiter les dommages :
- prévoir, avec les bûcherons, un abattage directionnel pour favoriser la reprise de la régénération ;
- concentrer les passages sur les cloisonnements ;
- utiliser les rémanents comme tapis de circulation lorsque cela est possible ;
- éviter les passages inutiles et les manœuvres répétées ;
- adapter les charges transportées aux conditions du terrain ;
- réaliser un diagnostic préalable de la sensibilité des sols (texture, hydromorphie) pour adapter le choix du matériel ;
- planifier les chantiers en fonction de la portance du sol (éviter les périodes de forte humidité, suivre la météo) et faire un point préalable avec le propriétaire et/ou le gestionnaire ;
- signaler rapidement toute situation où le risque de dégradation devient important ;
- disposer, au besoin, de chantiers de repli.
- pneus larges, basse pression ;
- chenilles (tracks) ;
- matériel plus léger ou à répartition d’essieux optimisée ;
- tracteur de débardage à treuil et à grue ;
- câble-mât.
Aussi, le professionnalisme consiste aussi à savoir alerter. Il arrive que les cloisonnements soient absents, mal positionnés ou insuffisants pour permettre un travail efficace et sécurisé. Dans ces situations, demander leur création ou leur adaptation ne remet pas en cause l’organisation du chantier : c’est au contraire faire preuve d’une démarche responsable. Un échange avec le propriétaire, le gestionnaire ou le client permet souvent de trouver une solution avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.
Ainsi, la qualité de réalisation d’un chantier ne se résume pas uniquement à la rapidité d’excuétion, mais à un chantier bien fait, qui respecte à la fois le peuplement en place et le sol. Cette qualité doit être intégrée dans le coût de la prestation.
Fausse bonne idée : circuler partout pour éviter les dégâts visibles
Circuler partout pour ne pas faire de dégâts visibles est une fausse bonne idée ! En effet, le tassement du sol est un impact non visible, et 80 % du tassement a lieu entre le 1er et le 3ème passage des engins !

Un guide pour vous aider et à avoir sous la main : Pratic’Sols
Édité par l’ONF et la Fédération Nationale des Entrepreneurs des Territoires (FNEDT), le guide « Pratic’Sols – Guide sur la praticabilité des parcelles forestières » répond à l’enjeu de la conciliation entre la mobilisation du bois et la protection des sols. Ce document, très concret, contient, pour les propriétaires, gestionnaires et entreprises d’exploitation forestière, des informations et des recommandations pratiques visant à limiter les risques de tassement et de dégradation des sols forestiers à chaque étape de la mobilisation des bois.
Envie d’en savoir plus ? Le guide est disponible en téléchargement en suivant ce lien.




